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Numéro
95, 25 juin 2003 COUPURES
À LA CULTURE SCIENTIFIQUE Pour
parler de culture scientifique, il faudra dorénavant s'adresser au ministère
du Développement Économique et Régional (MDER). Le nouveau
gouvernement du Québec vient en effet de lui transférer ce dossier,
auparavant sous le giron du ministère de la Culture des Communications.
Au passage, l'enveloppe allouée à la culture scientifique est réduite
de 700 000 dollars car le budget d'Etalez votre science est amputé des
deux tiers. Trois
des quatre programmes transférés au MDER sont épargnés
par les coupures: ce sont ceux qui encadrent les budgets de fonctionnement des
intervenants majeurs, nationaux et régionaux (voir article suivant). Les
enveloppes restent identiques... du moins pour cette année. "Nous
restons inquiets car nous manquons d'informations. Il y a peu d'indices de la
volonté gouvernementale dans le nouveau budget", dit Patrick Beaudin,
le directeur de la Société pour la promotion de la science et de
la technologie (SPST). C'est
du côté du soutien au développement que cela se gâte.
Le quatrième programme transféré, Etalez votre science, est
-sévèrement!- coupé de 700 000$. Il restera donc 484 000$
pour satisfaire toutes les demandes acheminées plus tôt cette année.
"Nous tendons vraisemblablement vers un seul programme -au lieu de deux par
année- dont les volets restent à définir", dit Brigitte
Van Coillie-Tremblay, de la Direction de la culture scientifique et technique
au ministère du Développement économique et régional
du Québec.. Une
nouvelle que le coordonnateur en muséologie de la Cité de l'énergie
à Shawinigan juge dramatique. "C'est catastrophique. Pour 450 institutions,
cela laisse 1000$ par organisme. Étalez votre science était pour
nous la seule façon d'aller chercher de l'aide du gouvernement pour les
expositions ou l'aide à la muséologie", relève Benoît
Gauthier. Celui
qui a déjà fait partie du jury d'évaluation du programme
explique qu'un tiers des demande se rendait jusqu'au financement. Avec ces coupures,
ce ne sera plus qu'une sur dix. "Cela
va pénaliser les plus petites institutions, telle la Poudrière de
Windsor qui n'a pas les mêmes moyens que le Jardin botanique de Montréal
pour monter ses demandes de subvention. Avec un employé qui fait tout,
c'est plus difficile d'acheminer un projet bien ficelé. Et les petites
institutions se retrouvent majoritairement en région", rappelle le
coordonnateur. Du
côté d'Aster (Saint-Louis du Ha!Ha!), on a pris les devants. "J'essaie
de plus en plus de me dissocier des programmes gouvernementaux. C'est de moins
en moins évident de parvenir à décrocher un financement pour
nos projets", annonce Dany Bastille, le chargé de projets de l'institution.
Issu du milieu industriel, ce diplômé de génie mécanique
vise la rentabilité et pour lui, la solution se trouve du côté
du privé. "La culture scientifique, on ne peut pas en faire lorsqu'on
est mort. Plutôt que de mettre mon énergie à remplir de la
paperasse, je prévoie d'embaucher une personne qui démarchera les
entreprises". Il mentionne le Musée du Bas Saint-Laurent qui fonctionne
avec un budget d'un million: 200 000$ du gouvernement et 800 000 $ du privé.
"Une des pistes est de donner de la visibilité aux compagnies privées
dans les écoles. Je me donne deux ans pour être autonome et rentable".
Mais tous ne sont pas aussi optimistes. Benoît Gauthier caresse bien
peu d'espoirs de persuader les entreprises de remplacer le gouvernement. "Au
téléphone, la personne trouve toujours votre projet intéressant
mais après, tout le monde se sauve. Ce n'est pas dans les moeurs des entreprises
d'ici que de soutenir des projets, sauf si vous leur assurez une grande visibilité.
Tout le monde n'est pas le Musée de la civilisation du Québec. Alors
comment financer votre trousse éducative?" Le
Conseil du loisir scientifique du Saguenay-Lac-St-Jean, qui bénéficie
pourtant d'une subvention au fonctionnement, sollicitait régulièrement
l'aide du gouvernement à travers Etalez votre science. "La salle Découverte,
les expositions, la production de CD-Rom, etc. sont tous les fruits d' Étalez
votre science. Les coupures vont hypothéquer notre développement.
Nous devons retravailler notre programme d'animation, comment allons-nous faire
?", lance Jocelyn Caron. Bon an mal an, le CLS recevait près de 75%
de réponses positives à ses demandes. Le
programme Étalez votre science célèbre ses 20 ans. Il a été
mis en place par le ministère de la Science et de la Technologie de l'époque
pour soutenir l'emploi des OSBL à vocation scientifique. "Cela permettait
de financer une partie du salaire de la personne engagée pour un projet.
En 1985, le budget était d'environ un demi-million de dollars et nous l'avons
orienté plus directement pour le soutien du projet lui-même",
se rappelle Alain Bergeron, l'un des responsables d'alors et actuellement chercheur
au Conseil de la Science et de la Technologie. Cet instrument de développement
de la culture scientifique, dont le budget a rapidement doublé, s'est élargi
pour accueillir des projets de muséologie et les publications scientifiques.
Isabelle
Burgun 
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